La thermographie est un outil redoutable en réparation de cartes. Un composant en court-circuit chauffe avant de lâcher, une piste surchargée se dessine, une soudure froide crée un point d'arrêt thermique visible. Le tout sans démonter ni sonder.
Mais les critères qui font une bonne caméra de bâtiment ne sont pas ceux d'une bonne caméra de carte. Et la plupart des guides d'achat les confondent.
L'IFOV ne vous sert à rien
L'IFOV décrit ce qu'on distingue à distance. Il est décisif pour observer un tableau électrique à trois mètres. Devant une carte à trois centimètres, il devient presque sans objet.
Ce qui vous limite n'est plus l'angle couvert par un pixel, mais la capacité de l'optique à faire le point de très près. Or la plupart des caméras du marché ont une distance minimale de mise au point comprise entre 15 et 50 centimètres. À cette distance, un boîtier 0402 occupe une fraction de pixel.
L'objectif macro, condition d'entrée
Sans objectif macro, aucune caméra de notre catalogue ne permet de travailler sérieusement sur une carte. C'est un accessoire, souvent vendu autour de 100 €, qui se monte devant l'optique et ramène la distance de travail à quelques centimètres.
Dans notre base de 28 appareils, l'offre est étroite :
- HIKMICRO propose un macro documenté pour ses séries B et Pocket : 30 mm de distance de travail, 100 µm de taille de spot, 500 µm de plus petite surface mesurable.
- InfiRay livre un macro magnétique avec le P2 Pro sur certaines références, mais ne publie aucune de ses caractéristiques.
- TOPDON, Seek, UNI-T, FLIR, Bosch, testo, Fluke et FOTRIC n'en proposent pas pour les modèles de notre catalogue.
Le compromis que personne n'annonce
Voici l'information la plus utile de cet article, et elle ne figure que sur la fiche de l'accessoire, jamais sur celle de la caméra.
Monté sur une série B, l'objectif macro HIKMICRO dégrade la précision de ±2 °C à ±3 °C ou ±3 %, et plafonne la plage de mesure à 150 °C.
Pour de la réparation de cartes, c'est acceptable : vous cherchez un composant anormalement chaud, pas une valeur absolue au dixième de degré, et 150 °C couvre très largement les températures rencontrées. Mais il faut le savoir avant d'acheter, et non le découvrir après.
Voir un composant ne suffit pas : il faut pouvoir le mesurer
C'est la distinction que les fiches marchandes escamotent. La taille de spot indique ce que l'optique résout. La plus petite surface mesurable, environ cinq fois plus grande, indique la zone à partir de laquelle la température lue est fiable.
Avec le macro HIKMICRO, vous voyez un détail de 100 µm mais vous ne mesurez correctement qu'à partir de 500 µm. Traduit en composants : un boîtier 0402 mesure 1 × 0,5 mm, donc il est mesurable. Un 0201, qui mesure 0,6 × 0,3 mm, est visible mais sa température lue sera sous-estimée.
Les autres critères qui comptent vraiment
La radiométrie complète. Elle détermine si chaque pixel de l'image enregistrée conserve sa valeur de température, ce qui permet de rouvrir un cliché et d'y prendre des mesures après coup. Sans elle, votre image n'est qu'une photo colorée. Vérifiez que le fabricant parle de « JPEG radiométrique » et non simplement de « .jpg ».
Le réglage d'émissivité. Sur une carte, vous mélangez du cuivre nu, de l'époxy, des boîtiers plastiques et des dissipateurs en aluminium, dont les émissivités vont de 0,05 à 0,95. Sans réglage, vos lectures sont fantaisistes sur les surfaces métalliques.
La fréquence d'image. Elle compte ici, contrairement au bâtiment. Vous alimentez la carte et vous observez la montée en température, qui peut être rapide sur un composant en court-circuit. À 9 Hz, vous ratez le transitoire.
Le nombre de curseurs simultanés. Comparer plusieurs composants d'un même étage demande de poser plusieurs points de mesure en même temps.
Ce que dit notre classement
Le profil « réparation électronique » de notre comparateur pondère l'objectif macro à 40 % de la famille optique et la plus petite surface mesurable à 25 %, contre 5 % pour l'IFOV. Le résultat inverse le classement général : les séries B et Pocket de HIKMICRO passent devant, et les modules pour smartphone reculent nettement, faute d'optique macro documentée.
Un conseil pour finir, qui ne figure dans aucune fiche technique : prévoyez le budget de l'objectif macro dès l'achat. Le coût réel d'une caméra pour ce métier, c'est le prix affiché plus une centaine d'euros.
Voir le classement pour la réparation électronique.
Toutes les valeurs citées proviennent des fiches techniques constructeurs et des sources listées sur chaque fiche produit. Aucune donnée n'est estimée.